Mon sac +5 a frotté contre les cailloux humides au col de Vence, juste avant 21 h 10. J’ai planté ma tente à 1 200 mètres, puis j’ai sorti un tapis mousse de 9 mm et un matelas isolant de 7 cm. J’ai gardé le même ciel clair pendant 2 nuits. Au lever, j’ai noté 5 °C dans l’air et une question très simple : est-ce que le matelas change plus que le sac ?
J’ai posé ma tente, installé mon sac +5 et attendu la nuit froide
Je suis partie tard, avec un sol sec et une brise presque nulle sur la clairière. J’ai monté ma MSR Hubba Hubba NX de 2020 à 20 h 55, puis j’ai laissé le sac +5 reprendre un peu de gonflant à l’air libre. Le ciel restait net, et je savais déjà que la nuit serait calme, mais pas chaude. J’avais gardé la température confort en tête, pas la température extrême, et c’est là que j’ai senti ma première erreur possible.
Avec le tapis mousse de 9 mm, je me suis retrouvée très vite à plat sous les hanches. À 2 h 30, j’ai senti le froid commencer par les orteils, puis remonter par les mollets, alors que le haut du corps tenait encore. La zone du zip laissait passer une bande plus fraîche dès que le rabat bougeait un peu, et les coutures piquées semblaient plus dures à oublier que le reste. Je me suis sentie moins bien protégée que prévu, même avec le zip presque fermé.
J’ai noté mes réveils sur mon téléphone, avec l’heure exacte, puis j’ai posé la main sur mes pieds et sur le bord du matelas. J’ai compté 3 réveils, à 23 h 48, 2 h 17 et 4 h 06, et chacun durait moins de 5 minutes. À chaque fois, je vérifiais si le froid venait du duvet ou du sol, et la paume sur le matelas me renvoyait la même sensation nette : la terre pompait la chaleur. Je me suis retrouvée à faire le même geste trois fois, et ce geste m’a parlé plus que le sac lui-même.
La deuxième nuit, j’ai changé pour un matelas isolant épais et voilà ce que j’ai ressenti
Pour la deuxième nuit, j’ai pris un matelas de 7 cm, avec une R-value de 4,2, un poids de 610 g et des dimensions de 183 x 51 cm. J’ai choisi ce modèle pour voir si l’isolation du sol pesait plus lourd que le sac +5 dans mon confort réel. Rien qu’en le déroulant, j’ai senti qu’il coupait mieux la fraîcheur du terrain. Son volume était plus présent dans mon sac à dos, et je l’ai porté sans regret, parce que je cherchais une réponse nette.
Au coucher, je me suis sentie plus stable sous le dos, presque posée sur une couche sèche. J’ai gardé le zip un peu plus bas qu’avec le tapis mousse, et je n’ai pas eu ce réflexe de me recroqueviller dès les premières minutes. Vers 22 h 40, la chaleur est restée régulière, sans pic de transpiration, et j’ai dormi d’un bloc jusqu’à 1 h 40. La différence que j’ai vue, c’est surtout la disparition du froid sous les hanches, ce qui m’a laissée tranquille plus longtemps.
J’ai comparé les deux nuits au réveil, et la note parlait d’elle-même. Avec le tapis mousse, j’avais 3 réveils et des pieds froids pendant près de 6 minutes. Avec le matelas épais, je n’ai eu qu’un réveil bref, et mes pieds sont restés tièdes quand je les ai touchés. La toile avait aussi moins d’humidité au lever, et je n’ai pas eu cette sensation de sac tassé qui pèse un peu plus.
À 4 h 03, le froid est revenu d’un coup, malgré le matelas, et j’ai tourné la tête vers la capuche. Le cordon avait glissé, le col était resté un peu ouvert, et j’ai senti un filet d’air frais au cou. J’ai resserré la capuche, remis la collerette en place, puis j’ai attendu 3 minutes sans bouger. J’ai aussi vu un peu de condensation sur la toile, et le duvet paraissait moins gonflé sur le dessus que la veille au coucher.
Ce que j’ai appris sur le sac +5, le matelas et mes erreurs à éviter
Sur cette nuit au col de Vence, j’ai compris que le sac +5 tient sa promesse quand la météo reste stable. Dès que le petit matin approche, le froid commence par les orteils, puis il remonte aux mollets, et la capuche compte autant que le garnissage. J’ai aussi vu que la zone du zip reste un point faible si le rabat bouge, même sur un sac bien coupé. J’ai fini par retenir ce détail très banal : un jour de travers au cou ruine vite la nuit.
J’ai déjà payé l’erreur du matelas trop fin une nuit blanche dans les Alpes, et je n’ai pas eu envie de la rejouer ici. Cette fois, je me suis appuyée sur un protocole simple : même tente, même altitude, même heure de coucher, mais une isolation du sol différente. J’ai aussi vérifié le gonflant du duvet avant de m’installer, parce qu’un sac tassé dans son sac de transport démarre mal. J’avais sous-estimé ce point la première fois, et mon dos m’avait rappelé l’addition dès minuit.
Au réveil, j’ai pincé le duvet entre deux doigts, au même endroit que la veille au soir, et j’ai noté 5 cm de hauteur contre 4 cm après la nuit humide. J’ai laissé le sac ouvert 12 minutes au soleil, puis il a repris un peu de volume sur l’herbe sèche. Cette remontée m’a montré que la condensation dans la tente me volait un peu de chaleur, même si le sac restait correct. Le duvet perd du gonflant au fil de la nuit quand l’air intérieur se charge, et j’ai vu cette différence sans me forcer à l’interpréter.
J’ai aussi senti la différence quand mes chaussettes restaient humides après 7,4 km de marche. Je suis partie avec mon compagnon pour ce test court, et j’avais gardé des vêtements secs dans un sac séparé. Quand j’ai oublié ce détail une nuit précédente, mes pieds sont devenus nettement plus froids au milieu de la nuit. Là, le simple fait d’enfiler du sec avant de me glisser dans le sac a changé mon ressenti dès la première heure.
Au final, est-ce qu’un bon matelas suffit à compenser un sac +5 en moyenne montagne ?
Sur 2 nuits, j’ai compté 3 réveils avec le tapis mousse et 1 seul avec le matelas épais. J’ai aussi noté 5 °C au lever, une sensation froide très nette sur les pieds avec le premier montage, puis un confort bien plus stable avec le second. Mon sac +5 n’a jamais été le vrai coupable à lui seul ; c’est le duo sol plus humidité qui a fait basculer le ressenti. J’ai été convaincue par ce constat très simple, parce que la différence était visible dès mes réveils.
Si l’on accepte une météo stable, des nuits sans vent et un bivouac court, ce duo peut tenir sans stress. Avec mon compagnon, je l’utiliserais encore pour une mi-saison douce, mais pas pour viser 0 ou 1 °C au petit matin. Là, je préfère garder une vraie marge thermique et ne pas compter sur le hasard du terrain. J’ai appris à séparer le confort réel de l’optimisme du départ.
J’ai aussi comparé un sac +0 à mon sac +5, et le contraste m’a paru très concret. Le +0 prend un gros bloc dans le sac à dos, il se comprime moins bien, et je le supporte surtout quand je sais que l’aube sera fraîche. Au col de Vence, je serais restée sur le +5 avec le matelas épais pour 5 °C, puis je serais passée au +0 dès que je visais 0 ou 1 °C. Ce soir-là, j’ai gardé mon choix de départ, et je suis rentrée avec une réponse claire plutôt qu’avec une impression floue.


